Le prix à l'unité contre la shrinkflation
Le paquet a la même tête, le prix en caisse n'a pas bougé — mais il y a 15 % de produit en moins à l'intérieur. La parade tient en une habitude de dix secondes : lire le prix au kilo.
Mis à jour en juillet 2026 · Sources en bas de page
C'est quoi, exactement, la shrinkflation ?
Le mot vient de l'anglais to shrink, rétrécir. Le principe : plutôt que d'augmenter le prix affiché — ce que tout le monde remarque —, le fabricant réduit la quantité dans l'emballage. Le prix en rayon reste identique, donc le prix au kilo, lui, augmente.
Le phénomène a été mis en lumière en France par l'association Foodwatch à partir de septembre 2022, exemples à l'appui. Le plus parlant : les chocolats « Pyrénéens » de Lindt, passés de 30 à 24 bouchées entre 2020 et 2022 — soit environ 20 % de produit en moins, pour un prix au kilo en forte hausse. Le tout dans un contexte où l'inflation alimentaire française a atteint +11,8 % en 2023 selon l'INSEE, avant de retomber à +1,4 % en 2024 : la shrinkflation a servi à masquer une partie de ces hausses.
Depuis juillet 2024, les magasins doivent l'afficher
La France a été pionnière sur ce point. L'arrêté du 16 avril 2024, en vigueur depuis le 1er juillet 2024, oblige les magasins à prédominance alimentaire de plus de 400 m² à signaler les produits de grande consommation dont la quantité a diminué avec pour effet une hausse du prix à l'unité de mesure. L'information doit apparaître, directement sur l'emballage ou à proximité, sous une forme imposée : « Pour ce produit, la quantité vendue est passée de X à Y et son prix au [kilo/litre] a augmenté de … % » — et rester affichée pendant deux mois à compter de la mise en vente du produit dans sa quantité réduite.
Le non-respect est passible d'une amende administrative pouvant atteindre 3 000 € pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale. Limites à connaître : le dispositif ne couvre ni le vrac, ni les petites surfaces, ni les produits dont la quantité varie à la préparation — et il repose sur l'affichage en magasin. Le prix au kilo, lui, reste votre protection universelle.
La parade universelle : le prix à l'unité de mesure
Sur l'étiquette de rayon, en plus du prix du produit, figure un second chiffre, en plus petit : le prix au kilogramme, au litre ou à la pièce. Son affichage est encadré par la réglementation française sur l'information des prix (arrêtés de 1987 et 1999 pour les produits préemballés concernés). C'est le seul chiffre qui permette de comparer honnêtement deux paquets de tailles différentes — et il est immunisé contre la shrinkflation et les changements de format.
En ligne, cette information est souvent affichée aussi, mais parfois absente ou discrète : dans ce cas, le calcul se fait avec la calculatrice du téléphone. Prix ÷ poids × 1000 = prix au kilo. Dix secondes, littéralement.
Pour vos dix produits récurrents — café, lessive, céréales, croquettes, couches… — mémorisez un ordre de grandeur de bon prix au kilo, pas un prix de paquet. Le jour où le format change, votre repère, lui, ne bouge pas. C'est toute la différence entre suivre les prix et les subir.
→ Comparez deux formats en direct avec notre calculateur de prix à l'unité — deux prix, deux quantités, verdict immédiat.
Les quatre déguisements les plus fréquents
- Le « nouveau format familial ». Plus gros paquet, promesse d'économie — et régulièrement un prix au kilo supérieur au format standard en promotion. Le grand format n'est un avantage que si l'étiquette au kilo le confirme.
- Le lot « dont 1 offert ». Comparez toujours le prix au kilo du lot avec celui de l'unité seule : il arrive que le lot « généreux » soit au même prix unitaire, voire plus cher.
- La « nouvelle recette améliorée ». Le changement de recette accompagne parfois, discrètement, un changement de grammage — voire une baisse de qualité des ingrédients à prix constant, que Foodwatch a baptisée « cheapflation ». Le réflexe : un coup d'œil au poids net et à la liste des ingrédients.
- Les formats « voyage » et « mini ». Pratiques, mais leur prix au kilo est fréquemment le double du format standard. À acheter pour le format, jamais pour le prix.
En résumé
- La shrinkflation cache une hausse de prix dans une baisse de quantité.
- Depuis le 1er juillet 2024, les magasins de plus de 400 m² doivent la signaler pendant deux mois (arrêté du 16 avril 2024).
- Le prix au kilo ou au litre est le seul chiffre comparable — il est déjà sur l'étiquette.
- Grand format, lot ou « offert » ne veulent rien dire sans le prix unitaire.
- Mémorisez le bon prix au kilo de vos dix produits récurrents : c'est votre meilleur détecteur.
-
Reconnaître une vraie promotion
Prix de référence, faux rabais : les six réflexes qui changent tout.
Lire le guide → -
Le calendrier des vraies baisses
Quand les prix baissent réellement en France.
Lire le guide → -
Acheter reconditionné sans mauvaise surprise
Grades, garantie, batterie : la checklist complète.
Lire le guide →
Sources
- Arrêté du 16 avril 2024 relatif à l’information des consommateurs sur le prix des produits dont la quantité a diminué (JORF du 4 mai 2024), en vigueur depuis le 1er juillet 2024 — Légifrance.
- Article L.112-1 du Code de la consommation (obligation d’information sur les prix, fondement de l’arrêté).
- Réglementation de l’affichage des prix : arrêté du 3 décembre 1987 et arrêté du 16 novembre 1999 relatif au prix à l’unité de mesure de certains produits préemballés.
- Foodwatch France, enquêtes sur la shrinkflation (depuis septembre 2022), dont l’exemple documenté des chocolats Pyrénéens de Lindt — foodwatch.org.
- INSEE, indices des prix à la consommation : alimentation +11,8 % en 2023, +1,4 % en 2024 (moyennes annuelles) — insee.fr.